Kingswood

… ou galerie de portraits d’élèves en goguette

 

Il existe une règle intangible en matière de voyage scolaire : si les enseignants ont des objectifs pédagogiques bien précis, les élèves nourrissent généralement des ambitions moins académiques, mais qui permettent souvent à des dons insoupçonnés de s’exprimer. Le voyage scolaire a l’avantage d’être, de sa première à sa dernière seconde, révélateur de talents :

Dans toutes les classes il y a un Kevin, un Arthur ou une Amélie qui, à la seule perspective de découvrir Londres ou les traditions Jurassiennes semble prendre vie pour la première fois de sa scolarité. Le voilà, ou la voilà, sortant de sa torpeur habituelle, et qui organise une tombola, embauche ses camarades pour proposer un service de tonte à domicile ou refourgue à ses voisins des quantités industrielles de cookies cuisinés maison dans le seul but de mettre un peu de carburant dans le bus. Ainsi, la préparation d’un voyage scolaire est souvent l’occasion de découvrir le monde du travail en s’initiant au dur métier de VRP.

Il y a les stratèges des cars scolaires, qui sont prêts à toutes les guerres pour conquérir les places arrières, celles où, selon sa catégorie d’âge, on peut à loisir faire des grimaces aux voitures qui suivent, ou entreprendre sa voisine ou son voisin. A l’arrière des cars, on rêve de peloter à l’abri des regards professoraux pendant qu’à l’avant de potentiels vomitifs au teint blafard se sentent injustement mis à l’amende. Les derniers rangs d’un car scolaire sont par tradition une scène de théâtre de poche où naquirent des générations de comiques et d’animateurs. Si le public est parfois bruyant, il est d’autant plus exigeant qu’il a l’avantage pour l’artiste d’être captif.

Il y a aussi le docile, le timide, l’apeuré, le rougissant, le bégayant, pour qui l’ailleurs a un effet désinhibant. Dix mois par an enfermé dans une salle de classe comme enfermé en lui-même, seul face à un enseignant qu’il associe à un dompteur, le voyage est pour lui une libération. Qu’importe la destination, qu’importent aussi les activités, quand voyage rime avec Liberté, Maubeuge ou Madrid sont un même Far-West. Il ambitionne d’adresser la parole à la Julie de 3eme Verte à la faveur d’un diaporama dévoilant les mystères du Comté, d’éblouir le groupe par son potentiel comique dans l’ombre des grottes de Lascaux, d’être enfin repéré par un directeur de casting dans les rues de Soho. Bien des rêves – Ô combien nécessaires ! – s’épanouissent ainsi lors d’un voyage scolaire. Et des rêves enseignants y ont, parait-il, leur part…

Messagerie téléphonique pour un voyage scolaireIl y a enfin les spécialistes, les obsessionnels, les collectionneurs, tous ceux-là qui, incapables d’appréhender la nouveauté dans sa pluralité, ont besoin de la segmenter pour l’apprécier. D’un séjour à la mer ils reviennent avec une collection d’étoiles de mer que les services d’hygiène appelés en urgence découvriront dans une école empuantie ; d’une semaine à Londres ils rapportent un stock de tee-shirts destinés à lancer une chaîne de magasins ; de retour de Rome ils publient un guide de la Pizza et vous regardent avec de grands yeux candides si vous évoquez le Colisée. Le monde, par chance, a aussi besoin de spécialistes !

Et puis, il y a tous les autres – les enthousiastes, les critiques, les paresseux, les émerveillés, les blasés, les bons élèves déstabilisés dès qu’ils sortent de la salle de classe, les laborieux qui espèrent pouvoir enfin briller, … – bref tous ceux-là qui n’attendent qu’un OUI lorsqu’en début d’année, prenant leur ton le plus angélique, ils lancent « On fera un voyage, m’dame ? ».

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